Claviers
Enseigner le clavecin est complexe, et passionnant. La matière est extrêmement vaste, et les compétences requises innombrables : jeu soliste, jeu d’ensemble, improvisation, dans des styles de la plus grande variété, à quoi s’ajoutent les problèmes de l’accord et des réglages.
Programme pédagogique
Du fait de sa netteté rythmique exceptionnelle et de la précision de son accord, le clavecin s’est épanoui comme un instrument idéal, au centre des pratiques musicales baroques : celles d’une période précise qui se définit par des méthodes précises, elles-mêmes issues de conceptions esthétiques et philosophiques précises, établies sur les bases du néo-platonisme cultivé à l’époque précédente, parvenue à une maturité qui produit ses fruits.
Toutes les caractéristiques les plus spécifiques du clavecin le lient congénitalement aux musiques de cette époque : c’est pourquoi il a cessé d’être joué lorsque les styles musicaux ont changé. C’est pourquoi aussi cet instrument si riche d’un immense répertoire, de la plus haute qualité artistique et de la plus grande importance historique nous est parvenu sans tradition, sans mode d’emploi : ce que nous en savons, selon le point de vue duquel nous observons les choses, s’approche aussi facilement de tout, que de rien. De là résulte un champ complètement ouvert à la recherche, au foisonnement et à l’invention, un terrain de liberté créatrice puissamment vivant, aux antipodes de la somme de grands exemples dont la masse étouffante écrase du poids de son conformisme la désespérance des jeunes instrumentistes modernes.
Il apparaît toutefois urgent de réhabiliter le clavecin à un niveau qui est véritablement le sien. Le métier de claveciniste ne saurait consister seulement à faire du continuo d’opéra italien : si les jeunes clavecinistes cessaient de travailler leur répertoire, ce serait comme si nous n’allions plus entendre Beethoven, Chopin et Schubert et caetera, comme si les pianistes n’en approfondissaient plus la musique par peur de ne pouvoir en vivre – cela serait écœurant et insensé. Il appartient à chaque claveciniste de militer activement en faveur du clavecin – et pour cela d’être complètement convaincant.
Nous devons ré-inventer avec une finesse toujours plus grande les techniques de jeu oubliées avec la disparition de notre instrument. Nous devons apprendre à connaître et à en mettre en œuvre toutes les qualités les plus spécifiques, à les maîtriser, à les mettre en évidence dans leur plus grande plénitude, et travailler sans relâche afin de tenter d’imaginer les tours de mains prodigieux de personnalités aussi exceptionnelles que J.S. Bach, D. Scarlatti, F. Couperin, J. Bull, G. Frescobaldi, J. Ph. Rameau et tant d’autres.
Le clavecin est un luth, une guitare, ou une harpe (harpsichord) à clavier. Il est le seul instrument à cordes et à clavier où soit possible un contrôle direct de l’émission des sons : à travers une mécanique simple, le doigt du claveciniste entre en contact avec la corde avant de la jouer, et le reste pendant toute la durée de l’attaque du son. Il est donc en toute logique le plus riche, et potentiellement le plus expressif des instruments de musique. Nous devons apprendre à maîtriser la corde. C’est-à-dire à contrôler les vitesses de nos doigts, et toutes les couleurs, les prises de son possible. Nous devons apprendre à jouer parfaitement d’un clavier léger, à régler, à accorder notre instrument pour en explorer tous les possibles. Nous devons par un exercice et une recherche inlassables, trouver des manières de jouer qui non seulement soient efficaces, mais nous soient bénéfiques, parce que nous allons en les mettant en œuvre faire fonctionner une harmonie de notre corps, notre cœur et notre esprit : notre musique elle-même alors deviendra bénéfique, et, devenue bénéfique, elle sera utile. Il ne nous restera plus qu’à nous emparer des champs de création qui sont ceux possibles à l’interprète, et à les investir en plénitude.
Enseigner le clavecin, c’est transmettre la plus grande exigence et le plus grand discernement dans la recherche et la maîtrise de techniques de jeu efficaces et précises, et dans la connaissance historique et organologique. C’est aussi encourager, à travers le plus grand respect des instruments et des textes, le développement de fortes créativités personnelles.
Enseignant·e·s
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